La semaine du 16 au 20 a lieu la Deep Tech Week à Paris avec l’organisation de divers évènements sur le sujet dont (1) le Deep Tech Summit chez Bpifrance et (2) le Deep Tech Forum au Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de France.
Voici les principaux messages à retenir de ces évènements.
Le plan Deep Tech commence à porter ses fruits, tout d’abord avec les programmes SIA puis PUI pour la structuration de l’écosystème d’innovation autour des universités, et avec le plan France 2030 qui permet de financer le développement de nouvelles technologies et services pour positionner la France sur de futurs marchés stratégiques. L’idée étant de se positionner sur le développement de technologies de rupture (quantique, spatial, santé, nucléaire, décarbonation, …) au-delà des avancées actuelles des grandes puissances mondiales telles que la Chine (leader sur la majorité des marchés tech actuels). Nous arrivons à maturité sur les sujets de la détection, du transfert des technos du monde académique vers le monde économique, de l’amorçage commercial avec un nombre important de startups deeptech créées et des transferts de technos effectifs.
Factuellement, le rapport 2026 European Deeptech Report édité par Dealroom (officiellement publié le 24 mars) fait ressortir une croissance continue des investissements dans les deeptech depuis 5 ans. En 2025, les investisseurs se sont orientés principalement vers les secteurs de l’IA et de la Défense (la Défense représentait à lui seul 43% des investissements DT en 2025).
Actuellement, le besoin de structuration de la France et de l’Europe se retrouve sur les étapes suivantes : l’industrialisation et le financement des scale ups. Les neo-entreprises deeptech doivent opérer un changement vers un mindset industriel pour répliquer les avancées technologiques matures sur des produits fabricables en grande série. Les besoins de financement des phases industrielles sont très importants et ne constituent pas ou peu une phase d’asset économique ciblée par les fonds, sachant qu’ils ne souhaitent pas arriver jusqu’à la phase d’entreprise rentable pour ne pas avoir à revendre leurs participations à des private equity qui résonnent valorisation en multiples d’Ebitda et non en potentiel de croissance start-up (valorisation plus basse).
Sur le sujet du financement, un enjeu majeur pour l’Europe est de réussir à développer une souveraineté européenne (au delà des souverainetés nationales) :
- se faire confiance car l’Europe a toutes les ressources pour réussir ;
- privilégier des investissements des fonds européens (notamment fonds de pension) vers nos technologies et nos startups européennes ;
- éviter que les exits soient faits auprès d’investisseurs américains, actuellement largement prédominants dans les très gros tours de tables finaux (60% des « mégas » deals > 250M€ sont réalisés par des fonds américains).
Concernant la transition écologique, sans vouloir créer un monde techno-solutionné (« scénario Technologies vertes » de l’Ademe), les innovations de rupture peuvent largement contribuer aux enjeux environnementaux et au respect des limites planétaires. L’électrification globale de tous les secteurs et de la vie quotidienne passe, par exemple, par des technologies comme les batteries et leur reconditionnement, ou par des inventions utilisant des matières premières non critiques pour assurer une indépendance vis-à-vis de pays tiers.
La défense et les technologies duales sont actuellement très regardées, notamment par les investisseurs, pour leur capacité à adresser plusieurs marchés : civil et militaire ; la défense restant un secteur avec des réglementations et un niveau d’exigence limitant la rapidité d’entrée sur les marchés.
La grande question qui prédomine est la convergence possible entre les intérêts de chacun (startups, états, investisseurs, corporates) ; chacun avec des intérêts très différents et pas toujours compatibles (a priori) :
- Les start-ups souhaitent atteindre des marchés, innover, se développer, se faire financer, réaliser leur vision créative et motivationnelle.
- Les investisseurs souhaitent miser sur les futures pépites qui pourront augmenter fortement leur valorisation, passant par de la croissance sur le couple produit-marché le plus favorable, au risque de devenir obsolètes post sorties des investisseurs.
- L’état qui souhaite créer des champions sur les territoires en pérennisant des emplois et des entreprises stratégiques au risque de créer des bulles financières / des biais de marchés par la réglementation et les financements directs sur ces secteurs.
- Les corporates qui souhaitent maintenir leur position de leader, mais n’ayant pas la capacité d’innover, de prendre des risques, au risque d’intégrer des technologies dans leur portefeuille en détruisant le potentiel commercial existant et futur des start-ups rachetées.
Le point très encourageant est d’avoir atteint ce niveau de réflexion. Les échanges à tous les niveaux et exposés lors de tels évènements lors de la Deep Tech Week à Paris montrent la maturité de l’écosystème et l’envie de réussir malgré les intérêts de chacun pour un avenir commun.