D’un parcours international à l’ancrage nantais
Scientifique de formation et titulaire d’un master en intelligence économique, formé au Japon, après un parcours international chez Decathlon et le lancement de la RFID, Jérôme Le Roy découvre la problématique de la gestion de la ressource en eau en Inde, sur une filière coton bio et auprès d’amis agronomes. Petit-fils d’agriculteurs, son idée en créant Weenat : créer une technologie utile, fiable, adaptée au vivant.
Installé à Lille à l’initiation du projet, c’est à Nantes que Jérôme pose ses valises et dès ses débuts, Jérôme s’appuie sur l’écosystème local. Il rencontre Atlanpole, qui l’accompagne sur son business model, son développement international (notamment en Espagne) et son implantation. Il rejoint aussi la Cantine numérique, puis le Village by CA, et installe l’équipe de Weenat au Technocampus Alimentation. « Créer une entreprise, c’est long surtout dans l’innovation. Il faut tenir bon pour lever des fonds, pour convaincre ses clients, pour ouvrir un pays. » Mais selon lui, la vraie clé de la réussite est ailleurs. « Il faut bien s’entourer, rester fidèle à sa vision, et nourrir en permanence l’étincelle de départ. Ce feu-là, il faut le faire vivre et le partager avec d’autres. Il ne faut jamais lâcher son idée fondatrice, cette étincelle qui vous pousse à entreprendre. La faire vivre, la partager avec des partenaires qui la respectent. »
10 ans d’innovation pour une agriculture de précision et engagée
Weenat, c’est une histoire d’intuition, d’alignement et de persévérance. Il y a douze ans, Jérôme Le Roy fonde une entreprise au croisement de technologies, de l’agriculture et de l’environnement. Objectif : aider les agriculteurs à mieux gérer l’eau et les aléas climatiques grâce à des capteurs connectés et des algorithmes prédictifs.
« En 2014, on ne parlait pas encore tous les jours de changement climatique. Aujourd’hui, plus personne ne l’ignore », souligne-t-il. Weenat est née d’un constat de terrain : les agriculteurs manquaient d’outils simples et efficaces pour anticiper sécheresses, gels ou inondations.
Douze ans plus tard, l’entreprise est présente dans 15 pays, compte des filiales en Espagne, en Allemagne, et s’est consolidée par l’acquisition de deux sociétés dans la météo et la data science. Avec l’un des plus grands réseaux de capteurs d’humidité du sol en Europe, Weenat collecte et croise des données de sol, de plante et de météo, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour enrichir ses prévisions, au service d'une agriculture plus sobre (en eau, traitements, ...) et plus performante.
Réseau de capteurs et algorithmes prédictifs : une innovation utile et accessible
Une décennie plus tard, l’innovation portée par Weenat s’incarne dans des solutions concrètes au service des agriculteurs. Conçus et assemblés à Nantes, les capteurs Weenat mesurent l’humidité des sols, la température, les précipitations et transmettent leurs données toutes les 15 minutes via une application mobile. L’utilisateur peut créer des alertes adaptées à son métier. Grâce à Météo Vision, une technologie sans capteur, Weenat permet aussi de visualiser des paramètres météo au km² près, toutes les 5 minutes en France sans avoir besoin d’installer un capteur.
La force de Weenat repose surtout sur les algorithmes qui ont été développés pour optimiser les cultures et suivre les besoins en eau des plantes tout en limitant l'empreinte environnementale. L’entreprise fournit aussi des données enrichies à des tiers comme des coopératives, des semenciers ou des chambres d’agriculture, contribuant à un continuum d’innovation entre recherche, industrie et terrain.
L’eau et le sol au cœur du développement de l’entreprise
Un sol qui infiltre bien l'eau, qui la stocke, qui la restitue progressivement à la plante - c'est un sol en bonne santé. C'est pour répondre à cette question que l’entreprise a développé « Soil Vision ». C'est une technologie de rupture, une première mondiale. En croisant 12 ans de données terrain, des milliers d'analyses de sol et des modèles d'IA entraînés sur nos propres capteurs, Weenat peut désormais modéliser l'état hydrique de n'importe quelle parcelle - sans avoir besoin d'un capteur physique. On reconstitue ce qu'il se passe sous la surface.
Cette solution s’adresse aux agriculteurs qui ont besoin d'optimiser leurs apports et d'anticiper leurs rendements dans un contexte climatique de plus en plus imprévisible mais aussi aux filières agroalimentaires - les coopératives, les industriels - qui veulent sécuriser leur approvisionnement et mesurer l'impact réel des pratiques régénératrices de leurs fournisseurs. Même des entreprises - hors du secteur agricole - qui ont un impact sur la ressource en eau et cherchent à le compenser de façon crédible et mesurable sont utilisateurs. Un data center, des usines implantées dans des bassins versants, les énergéticiens: tous ont besoin de prouver qu'ils contribuent à restaurer la ressource, pas seulement à la consommer.
Une vision du collectif et du temps long
En parallèle de Weenat, Jérôme Le Roy cofonde La Ferme Digitale. L’association rassemble près de 180 membres autour d’une ambition : faire dialoguer les acteurs de l’agriculture, de l’innovation et de la tech, pour construire un avenir commun.
« Le vrai défi, c’est que tous les maillons du continuum de l’innovation – chercheurs, industriels, agriculteurs, distributeurs – se parlent. Car une technologie agricole, ce n’est pas un produit comme un autre. On travaille avec du vivant. »
Avec l’architecture GAIA, La Ferme Digitale avec OS farm explore aujourd’hui les usages futurs de l’intelligence artificielle et des communs numériques appliqués à l’agriculture.
« Ce métier doit rester désirable »
Pour Jérôme Le Roy, la technologie ne doit jamais être une finalité. « Nos outils sont des moyens. Ce qui compte, c’est de donner aux agriculteurs la bonne donnée, au bon moment, sur l’état hydrique de leur sol, leur plante, leur climat. »
Il insiste sur un point fondamental : rendre ce métier attractif pour les jeunes générations, en y apportant du sens, de la liberté, et des outils modernes. « L’agriculture est diverse, et toutes les formes d’agriculture sont légitimes. Mais il faut réduire les impacts environnementaux. On y arrivera si chacun peut choisir le modèle qui lui correspond, avec des outils adaptés. »