Une culture familiale de l'indépendance
Jean Philippe grandit dans un environnement où travailler à son compte est presque une évidence. « Je n’ai jamais entendu dire qu’il fallait devenir entrepreneur. Mais l’idée d’être indépendant faisait naturellement partie du paysage. » À seulement 18 ans, il crée avec des copains sa première entreprise. Non par goût du risque, mais parce qu’il identifie dans l’entrepreneuriat la seule façon de construire sa propre trajectoire. Une logique qu’il conservera tout au long de son parcours.
Avec le recul, il pointe aussi la part des déterminismes sociaux dans son histoire. « Si j'avais été une femme, si j’avais porté un patronyme aux consonnances moins françaises, ou si j’avais grandi dans un quartier éloigné des centres-villes, il est évident que le contexte socio-culturel m’aurait été moins favorable. » Une réflexion qui dit beaucoup de son regard sur la société et sur l'entrepreneuriat, loin des discours simplistes sur le mérite individuel.
Innover, c’est sacrifier des vaches sacrées
Lorsqu'on lui demande ce qui caractérise un entrepreneur innovant, sa réponse surprend. Au-delà des technologies de rupture, Jean-Philippe Lerat considère que l'innovation repose aussi sur la capacité à remettre en question ce que l'on tient pour acquis. « J’aime bien l’idée de sacrifier nos vaches sacrées. Se demander si ce qu'on considère comme fondamental est réellement solide ou juste un pilier posé sur du sable. » La véritable sclérose apparaît lorsque les premières intuitions d'un projet deviennent des évidences que plus personne n'ose interroger.
Fils d'un père chirurgien et bricoleur, touche-à-tout et passionné d'électronique, Jean-Philippe Lerat met très tôt les mains dans la technique. Plus tard, son passage chez Apple Computer dans les années 1980 lui fait véritablement découvrir ce que signifie innover : aller à contre-courant, bousculer les habitudes et accepter que l'on apprenne davantage de ceux qui vous ont rejeté que de ceux qui vous approuvent. D’expériences en expériences, il a construit son expertise : informatique, spatial, aéronautique, robotique, ingénierie des systèmes complexes… « J'ai eu la chance de travailler sur des sujets incroyables dans des secteurs très différents. Ça évite de se laisser piéger par les habitudes. »
Les prémices de l'écosystème nantais
Quand Jean Philippe Lerat débute, l'écosystème d'innovation nantais n'a rien de celui qu'il est devenu aujourd'hui. Il assiste à la création d'Atlanpole, à l'émergence des écoles d'ingénieurs, à la structuration progressive des dispositifs d'accompagnement et des liens entre recherche et entreprises. « Aujourd'hui, on a du mal à imaginer d'où l'on vient. »
Au fil de plusieurs projets entrepreneuriaux menés depuis 1983, il bénéficie lui-même de ces dispositifs, notamment pour renforcer les passerelles avec le monde de la recherche. Il garde une affection particulière pour l'Agence nationale de valorisation de la recherche, devenue successivement ANVAR, OSEO puis Bpifrance, qu'il considère comme « un partenaire irremplaçable de la recherche et de l'innovation ».
Ivyspec, du drone racinaire à i-Lab
Avec Ivyspec, Jean Philippe Lerat développe une technologie originale issue d'une branche confidentielle de la robotique souple : des drones racinaires capables de progresser dans des environnements complexes à la manière de racines végétales. Leur objectif : explorer des zones inaccessibles, inspecter des réseaux enterrés ou intervenir dans des environnements complexes où les solutions traditionnelles montrent leurs limites.
Cette technologie s'inscrit dans une histoire plus longue. Ses premiers travaux autour des drones remontent à... 1998 ! Ces premières études amont en collaboration avec GIAT Industries ont planté des graines solides. Les drones racinaires d'Ivyspec apparaissent ainsi comme le prolongement d'une réflexion engagée depuis plus de vingt-cinq ans sur les systèmes téléopérés et leurs usages.
Accompagnée par Atlanpole, l'entreprise a récemment obtenu un financement i-Lab dans le cadre de France 2030. Une reconnaissance obtenue à la troisième candidature. Il en sourit, mais fidèle à lui-même, il refuse de s'attarder sur cette distinction. Ce qu'il retient du programme i-Lab, c'est avant tout ce qu'il va permettre : des recrutements et l'accélération des développements technologiques.