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Portrait du mois : Portrait d'un acteur innovant en Pays de la Loire

Jean-Paul CADORET, un enthousiaste qui voulait sauver la planète grâce à la mer !

Quel parcours que celui de Jean-Paul CADORET! De l’aquaculture à la Recherche en tant que biologiste moléculaire. Après un DEUG « raté » à la Fac de Sciences de Nantes, il se tourne tout naturellement vers sa passion « l’aquaculture » et dirige durant 4 années une écloserie expérimentale en Bretagne. Il aborde les algues et la biologie par le côté pratique, son parcours intéresse l’Ifremer.

En 1989, il rejoint le Public tout en reprenant un cycle d’études de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il obtient son DEA en 1992, sa thèse de doctorat en 1997 et crée l’entreprise Algenics en 2008.
Technicien, chef d'entreprise, directeur d'une équipe Ifremer... 

 

Comment passe-t-on de technicien d’une écloserie à la création d’une entreprise de biotechnologie tout en dirigeant une équipe Ifremer ? 

Algénics 

Je passe tout d’abord une dizaine d’années comme technicien puis responsable d’une entreprise d’aquaculture. Puis entre 1988 et 2001, j’intègre l’Ifremer en tant que technicien, puis cadre et chercheur dans un laboratoire sur la pathologie puis l’immunologie des huîtres (comment se défendent-elles lorsqu’elles se font attaquer et pourquoi se défendent-elles si bien alors qu’elles n’ont pas d’anticorps ?).
Sur mon parcours, le plus surprenant ce sont les rencontres : c’est en Australie que j’apprends que l’Ifremer à Nantes recherche un spécialiste en biologie moléculaire. Je reviens aux sources à Nantes et intègre le laboratoire de Physiologie et Biotechnologie des Algues. Je retourne donc vers les algues par le biais de la biologie moléculaire. Je crée mon équipe ici en 2001 et dirige le laboratoire à partir de 2005. Le chemin a été long, l’équipe s’est formée petit à petit avec deux thésards et un post doc et l’entreprise de biotechnologie Algenics se crée tout naturellement en 2008 sur un sujet clair « Comment utiliser les algues comme usine cellulaire pour fabriquer des médicaments ». Depuis presque deux ans, l’entreprise compte désormais 13 salariés.
J’ai été longtemps entre deux mondes : je n’étais plus aquaculteur et pas encore chercheur, période un peu difficile où je n’appartenais plus à personne ; par contre c’est devenu une vraie force et je joue énormément de cette richesse. 

Que fait ALGENICS, quelles en sont les applications concrètes ? 

Je suis un des fondateurs d’Algenics, le directeur du conseil scientifique et fais partie du Conseil d’Administration mais suis resté à la tête de mon laboratoire à l’Ifremer.
Algenics est une société de biotechnologie marine spécialisée dans la production de protéines recombinantes à partir de micro algues. La société s’est créé en 2008 et a passé une année au sein du laboratoire avant de s’installer début 2009 sur le site atlanpolitain Bio Ouest. Cette technologie innovante permet de répondre aux besoins de bio production des industriels pharmaceutiques, cosmétiques… On a la chance d’avoir des milliers de micro algues dont chaque végétal est a lui seul un organisme. Ils sont tellement variés qu’il est impossible qu’on ne trouve pas le moyen de faire exprimer une molécule pharmaceutique à l’intérieur. La moitié des médicaments d’aujourd’hui sont fabriqués dans des tubes, ce qui est une sécurité. Pour ce faire on utilise des bactéries, des levures ou des cellules animales. Les micro algues sont un nouveau système d’expression très complémentaire. Il a fallu explorer des stratégies qui avaient déjà été explorées dans d’autres laboratoires mais avec une autre finalité : est-on capable de mettre un gêne à l’intérieur ? Pour cette application la concurrence est réduite : Algenics est la 3ème société au monde après deux américaines. Avant d’en être la directrice scientifique, Aude CARLIER a d’abord été mon étudiante depuis sa maîtrise jusqu’à la création de la société et c’est désormais la cheville ouvrière de ce sujet avec Morgan Cabigliera (co-fondateur et PDG). Algenics travaille à partir de contrats et a deux ou trois gros clients qui ont besoin de certaines molécules pour la fabrication de leurs médicaments. Il s’agit de produire une molécule étrangère pharmaceutique à l’intérieur de micro algues comme la fabrication d’une insuline dans une bactérie. 

Quelle est votre motivation aujourd’hui ? Comment voyez-vous l’avenir? 

Je suis curieux et ai besoin de challenge. Je pense avoir été « un bon chef d’orchestre » et bon communiquant. La recherche c’est comme sur un bateau, l’horizon recule tout le temps, plus on avance plus il y a des choses à découvrir !
En tant que directeur de recherche, j’ai un devoir de vision : si on se cantonne à être très bon sur une machine du laboratoire, on usurpe une place. Je dois faire de la prospective et proposer des idées pour faire briller les yeux des étudiants et montrer le potentiel ; c’est comme un grand joueur d’échecs qui voit de nombreux coups à l’avance ! Ma motivation, c’est découvrir et anticiper l’apport des jeunes. 

On est devenu tellement visible en France ! J’ai été approché par une vingtaine de sociétés mais il est dommageable de ne pouvoir répondre à des programmes de recherche à cause de contraintes administratives. Il va absolument falloir trouver les moyens d’assouplir toutes nos structures car les contraintes sont complètement contre productives : pour briguer l’international, il faut de l’adaptation et de la souplesse. Je veux donc créer un institut des Algues qui serait une structure privée associée à l’IFREMER et qui lui apportera un bon effet de levier, tous les brevets pourront ainsi être exploités. Ce sera l’occasion de profiter du savoir-faire de l’Ifremer dont les compétences sont énormes. Un moyen d’être excellent et rapide sur la scène internationale car on a aucune réactivité par rapport aux américains par exemple. Tenter l’aventure c’est créer un bâtiment qui réponde aux nouvelles normes de biotechnologies du 21ème siècle car actuellement on ne peut s’aligner ; sachant que la recherche française n’a pas un budget illimité, il faut trouver un moyen de continuer cette dynamique. Nous sommes les mieux placés en France pour plein de raisons car les groupes existants sont tournés vers la recherche fondamentale et l’Ifremer dont le statut est un EPIC (Etablissement Public à Intérêt Commercial), sera complètement dans son rôle de valorisation. Cet institut sera un intermédiaire entre le CNRS, l’Université et les industriels. Avec l’articulation du Blue Cluster, cette configuration sera la meilleure pour l’avenir ! 

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